Bois de Seine ne laisse pas de bois !

Bois de Seine ne laisse pas de bois !

 

« Mais que faites-vous ? » interpelle ce badaud manifestement intéressé… l’artiste lui explique le projet, transformer l’inéluctable, c’est-à-dire l’abattage des arbres malades, en œuvre d’art afin de valoriser ce lieu magnifique. Le badaud est admiratif, il est bûcheron et apprécie la démarche comme le travail réalisé et se dit que cette approche originale pourrait le servir dans son activité.

D’autres passent, comme des ombres, curieux malgré tout. Des touristes sortent des camping-cars qui stationnent régulièrement sur le port, pour se détendre et en profitent pour contempler le travail en cours. Les chèvres et autres animaux acceptent avec résignation ce bruit et cette agitation n’ayant jamais vu autant de monde dans les parages….

Cela bruisse, bigne, tape, scie, parle, ri…. Parfois un cri de surprise quand la scie ne rencontre que du vide ou  bien casse une chaîne contre un témoignage du passé, balle ou clou, planté il y a longtemps. L’opération Bois de Seine ne laisse pas de bois !

Il faut se remémorer la démarche. Des platanes malades, la commune est obligée d’intervenir ne serait-ce que pour garantir la sécurité de ceux qui utilisent, ponctuellement ou régulièrement, cette magnifique esplanade. Un élément de réflexion partagé dans le cadre de l’atelier culture de l’agenda 21, un projet émerge qui propose une démarche assez exemplaire d’utilisation des ressources naturelles locales.

Une réunion publique sur place, des pours et des contres, un appel à projet est lancé. Une quinzaine de proposition, un jury composé de jeunes du CMJ, d’élus et d’employés communaux se réunit pour choisir 4 artistes. Chacun se voit attribuer deux arbres… des employés se disent que des parties de l’arbre qui ne seront pas utilisées pourront être transformées en tables, bancs, jeux…. la transformation est en route !

Cette réalisation s’inscrit dans une perspective plus large. Tout part, à la fois, des actions de Fenêtre sur l’art (à Donnemarie Dontilly) et du festival de Land’art lancé à Savins avec l’ambition naturelle de s’étendre à l’ensemble du territoire de la Bassée Montois, en proposant de le jalonner avec des œuvres pérennes et de créer un véritable parcours culturel pour les habitants et les visiteurs, tout en mobilisant un collectif d’artistes qui n’aurait pas eu, autrement, l’occasion de s’exprimer localement.

Il y avait jusque-là  la maison inversée de Pedro Marzorati, il y aura désormais les sculptures de Bois de Seine. Surtout, il ne s’agit pas que de culture mais bel et bien de développement global, à la fois personnel et collectif. Cette démarche rend la culture accessible, au plus près des habitants, elle leur propose une proximité inédite avec les artistes qui s’expriment et la possibilité d’échanger, de critiquer, peut-être de co-construire. Sur le plan collectif, c’est incontestablement, une valeur ajoutée qui peut donner des idées de parcours, de séjour, de musée ouvert permanent… encore faut-il s’accaparer de cette opportunité.

C’est, surtout, la preuve que l’on peut faire de grandes choses, malgré tout, avec les moyens dont l’on dispose et, de ce point de vue, on ne remerciera jamais assez la ville de Bray sur Seine qui soutient ce projet, tant financièrement que techniquement.